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Albert Ier - le souverain

Informations fournies par René CENNI ("MONACO 700 ans d'une dynastie" Editions NICE.MATIN)

Prince Navigateur et père de l'océanographie le Prince Albert I (1848-1922) rejoint Zola dans la défense de Dreyfus.
Le nouveau souverain a 41 ans lorsqu'il accède au trône. En bon Grimaldi c'est d'abord un homme de mer. Formé à la navigation à Lorient, il sert ensuite comme enseigne de vaisseau dans la Marine Espagnole. Pourtant lorsque éclate la guerre de 1870, désastreuse pour la France, il n'hésitera pas une seconde : il rejoint la Marine Française et sert comme engagé volontaire --il est lieutenant de vaisseau -- en mer du Nord. Il s'y trouve lorsque naît à Baden-Baden le fils -- le futur Louis II -- qu'il a eu de son mariage avec Marie-Victoire Douglas-Hamilton, fille du premier lord d'Ecosse et de Marie de Bade dont Stéphanie de Beauharnais était la grand-mère (ce premier mariage annulé et dissous à Rome en 1880, le Prince Albert I épousera en 1889 Marie-Alice, duchesse de Richelieu et petite-nièce du grand poète allemand Heinrich Heine).

La paix revenue, il va partager son temps entre les affaires de la Principauté et sa passion pour la mer, indissociable chez lui du goût pour la science ou la recherche. Il multiplie les expériences à la barre de ses bateaux --"L'Hirondelle", puis la "Princesse Alice" -- et il collecte les informations sur le milieu marin, en disciple du professeur Milne-Edwards dont il a suivi l'enseignement au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris : ses collections d'espèces animales marines seront le clou du pavillon de Monaco qui se taille un beau succès à l'Exposition Universelle de Paris, en 1889.

Sur sa lancée, celui que la communauté scientifique considère aujourd'hui comme un des pères de l'océanographie fonde à Paris l'Institut de Paléontologie Humaine. Sa curiosité personnelle s'accompagnant d'un véritable souci de partage de la connaissance, de communication de la science, il crée à Monaco tour à tour le Musée Océanographique, actuellement un des plus célèbres du monde, le Musée d'Anthropologie Préhistorique (en relation avec la découverte, dans les grottes voisines de La Mortola, des restes fossiles d'un "homme de Grimaldi" vieux de 300.000 ans) et le Jardin Exotique.

Les progrès des techniques le fascinent autant que ceux des sciences : sur son invitation et avec son soutien actif, le fameux aérostier brésilien Santos-Dumont viendra expérimenter ses dirigeables au-dessus de la Principauté. Mais le prince ne néglige pas pour autant "les plus lourds que l'air" : il encourage le projet d'hélicoptère d'un certain Maurice Léger et fait bon accueil aux "merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines" : comme Henri Rougier, qui survole pour la première fois la Méditerranée en "aéroplane Voisin" en mars 1910. L'année suivante verra naître, toujours avec son appui, le " Rallye de Monaco", première mondiale de sport automobile sur route.

Pour autant il ne néglige pas les choses de l'art. Sur le champ si bien défriché par ses ancêtres et en particulier par son père, il va continuer de semer. Sous son règne débute celui d'un personnage marquant de la musique du XX siècle : le légendaire Raoul Gunsbourg (recommandé par le tsar Alexandre III !) prend en 1893 la direction de l'Opéra, qu'il gardera jusqu'en 1958. C'est l'époque,aussi, où les Ballets Russes de Diaghilev, chassés par la Révolution d'octobre, deviennent ceux de Monte-Carlo, dont ils élargissent la notoriété en ajoutant à son prestige culturel.

Homme de progrès, Albert Ier est naturellement acquis aux idées progressistes. En 1911, il donne aux Monégasques leur première Constitution. Il règle également un délicat problème dynastique dont il faut dire un mot. Si Louis, son fils unique -- qui sert avec honneur la France engagée dans la Grande Guerre -- venait à mourir sans descendance, l'ordre de succession désignerait comme souverain son cousin doublement germain, Guillaume de Wurtemberg, duc d'Urach (fils de Florestine, la soeur de Charles III). Soit un prince allemand sur le trône de Monaco : la France ne pouvant l'accepter dans le contexte de l'époque ne manquerait pas de s'appuyer alors sur les accords bilatéraux existant pour intégrer purement et simplement le Rocher à son territoire. Une solution qui n'est recherchée par aucune des deux parties.

En recevant comme membre de la famille princière Charlotte, la fille naturelle reconnue de Louis,et en faisant parrainer en sus son adoption légale par le président de la République française Raymond Poincaré et son ministre des Affaires étrangères Stephen Pichon, le 16 mai 1919, Albert Ier fait d'une pierre deux coups : il rétablit en quelque sorte le droit du sang, et il écarte la menace d'une succession qu'il savait impossible. N'avait-il pas d'ailleurs, à l'entrée en guerre de l'Allemagne contre la France, spontanément renvoyé toutes ses décorations germaniques au kaiser Guillaume II ?

Pacifiste convaincu il fera mieux : il est le fondateur de l'Institut international de la paix, véritable préfiguration de la Société des Nations, et l'on se souvient trop peu que cet homme épris de justice fut aux cotés de Zola et Clémenceau un ardent défenseur du capitaine Dreyfus. Bravant l'ire des anti-dreyfusards, il fait campagne pour la révision du procès et dans une lettre ouverte publiée par la presse, il invite le prisonnier de l'Ile du Diable à venir se reposer en son château de Marchais, une fois réparation obtenue.

Lorsqu'il meurt à PARIS, le 26 juin 1922, c'est une fois encore un grand chapitre de l'histoire de Monaco qui se termine. Avec les années folles va s'achever également, en Principauté comme ailleurs, une ère de relative prospérité insouciante. Une fois de plus, le Rocher va traverser une zone de turbulences. Mais de père en fils et sur le tas, les princes ont appris les vertus de l'adaptabilité.